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Le député du Kesrouan se dit prêt à présenter des garanties concernant le vote par son bloc parlementaire du projet sur le tribunal international

Aoun à « L’Orient-Le Jour » : Le Liban est passé d’une tutelle à une autre

L'Orient-Le Jour, 28 décembre 2006

Le général Michel Aoun reste sans doute l’une des personnalités les plus controversées de l’année 2006, en raison de ses récentes prises de position, plus particulièrement au cours de ces derniers mois. Dans un entretien accordé à L’Orient-Le Jour, le leader du Courant patriotique libre a tenu à s’exprimer sur certains dossiers épineux, notamment en ce qui concerne l’affaire du tribunal international. Le général Aoun s’est aussi étendu sur son alliance avec le Hezbollah, retraçant ainsi le chemin parcouru avec son allié d’aujourd’hui, depuis la signature du document d’entente jusqu’au sit-in amorcé le 1er décembre dernier. Autant de sujets complexes sur lesquels le chef du CPL a tenu à clarifier ses positions.
D’emblée, le général Aoun revient sur les évènements de 1989 et sur l’entrée des troupes syriennes au palais de Baabda. « Mon expérience du pouvoir remonte à 1988. Lorsque les États-Unis ont imposé à cette époque leurs conditions et que nous les avons refusées, ils ont envoyé les troupes syriennes », rappelle à cet égard le chef du CPL. Pour le général Aoun, c’est en effet la tutelle américaine qui a abouti à l’occupation syrienne, car les États-Unis avaient « sous-traité » leur influence régionale à la Syrie.
Après le 14 février 2005 et les mouvements populaires qui ont suivi, Michel Aoun évoque « une tutelle qui a remplacé une autre » et dont le but est désormais de « répandre la démocratie » pour des raisons « extérieures » et régionales. « La nouvelle tutelle s’est exprimée à travers des slogans qui nous ont tous fascinés : la démocratie, l’État de droit, un nouveau régime », mais sur des bases que le général Aoun considère comme « erronées, malgré notre amitié pour les États-Unis et la France, et je n’ai aucun complexe sur ce plan ». « J’ai demandé aux Américains, aux Français et aux Britanniques de nous donner quelques mois (après le printemps de Beyrouth), un à trois mois, ne serait-ce que pour sortir de l’état de sensibilité affective dans lequel la rue libanaise était plongée et pour préparer une nouvelle loi électorale », souligne Michel Aoun qui précise que sa requête n’a pas été entendue.
Il rappelle dans ce cadre que parallèlement à la prorogation anticonstitutionnelle du mandat du président de la République, la loi électorale avait également été façonnée sur mesure par « une équipe syrienne (l’équipe Khaddam) particulière, dans le but de favoriser un camp, en l’occurrence le camp Hariri, au détriment d’un autre ». Les élections ont été ainsi organisées et ont pris la forme d’un « menu » au Mont-Liban, au Liban-Nord et dans la Békaa. « Nous avons été obligés de nous adapter à la situation ainsi créée de manière à obtenir un maximum de voix », souligne le leader du CPL. Pour le général Aoun, l’étape fondamentale en vue de l’édification de la démocratie a donc été faussée, en raison de cette loi électorale.
D’autre part, la déclaration ministérielle a, selon le général Aoun, renforcé le flou de la situation puisqu’elle a octroyé à la Résistance le droit de défendre « la terre et restituer les prisonniers libanais détenus en Israël ». Il dénonce à cet égard « les termes vagues » qui ont été utilisés dans cette déclaration ministérielle et déplore, à cet égard, de ne pas avoir obtenu de « réponse » lorsqu’il a demandé des précisions sur la marge de manœuvre accordée dans ce cadre au Hezb. Le général Aoun rappelle qu’il s’était alors élevé contre la déclaration ministérielle justement parce qu’elle était en contradiction avec les termes de la résolution 1559. Il met en relief sur ce plan le fait que le dossier des armes du Hezbollah n’a pas été, selon lui, correctement géré par le gouvernement. Il rappelle aussi l’alliance électorale quadripartite (Courant du futur, PSP, Hezbollah et Amal) formée lors des élections du printemps 2005 et lors de la formation du cabinet Siniora, relevant dans ce cadre les promesses contradictoires qui avaient été faites par la majorité au Hezbollah concernant les armes.
Ce « laxisme du gouvernement », Michel Aoun le dénonce aussi dans les dossiers purement internes et nettement moins géopolitiques, notamment ceux du budget et de la loi électorale.
Concernant le document d’entente avec le Hezbollah, le chef du CPL rappelle que ce document a été rapidement dénigré par la majorité et a été qualifié de document « syro-iranien ». Pourtant, les points en base desquels le texte a été élaboré sont d’une importance non négligeable. À titre d’exemple, la réaffirmation de « la démocratie consensuelle » comme pierre angulaire de l’exercice du pouvoir est l’une des réalisations majeures de ce document d’entente. Le député du Kesrouan rappelle en outre que ce point est avant tout « une exigence du camp chrétien ». Le document a aussi servi à contenir une partie de la population qui se sentait exclue et un parti qui se sentait en danger. Cette entente a permis d’éviter « un clash confessionnel », indique le général, de même qu’elle a permis « d’initier un dialogue avec le Hezbollah ». « Seul le dialogue est susceptible d’aboutir lorsqu’on veut bâtir une relation avec ce parti, souligne le général Aoun. Il ne faut pas communiquer avec lui sur la base d’un rapport de force, car cela ne mène nulle part. Cette alliance a d’ailleurs servi à rapprocher les Libanais et à effacer des peurs et des préjugés ancrés en eux ; l’expérience du sit-in est à cet égard très concluante », souligne le général Aoun.
Si cette alliance est indiscutablement bénéfique sur le plan social, puisqu’elle a réellement servi à désamorcer le risque de clash confessionnel, il n’en demeure pas moins que la doctrine du Hezbollah et ses fondements idéologiques socio-religieux lui imposent de respecter certaines décisions émanant d’Iran. Le Hezbollah a une culture de l’espace et non une culture de territoire et c’est à la lumière d’une telle donne doctrinale que l’alliance du CPL avec le Hezbollah suscite des interrogations et de sérieuses réserves au niveau de nombre d’observateurs qui ont du mal à comprendre la nature de cette alliance.
Sur ce point, le général Aoun souligne que les « valeurs chrétiennes sont aussi des valeurs universelles » tout en précisant qu’il ne faut pas croire « que tous les points de divergence avec le Hezbollah ont été aplanis ». « Même si le discours politique du Hezb a changé, il existe encore de nombreux points de désaccord, déclare le général Aoun. Mais nos relations sont solides et sérieuses. Preuve en est que lorsque nous ne sommes pas d’accord sur un fait et que nous réclamons un changement ou que nous négocions un assouplissement de leur position, ils nous demandent un délai de réflexion et s’abstiennent de nous fournir une réponse rien que pour nous plaire. » Évoquant les relations du Hezbollah avec l’Iran, le général Aoun confie que le parti lui a fait savoir que « s’il est vrai qu’il reçoit le soutien de la République islamique, il n’en reste pas moins que le Hezb se dit bien incapable de défendre les intérêts iraniens au Liban ».
Sur la question du tribunal international, le député du Kesrouan indique qu’il aurait été préférable que le gouvernement laisse aux instances internationales concernées le soin de mettre ce tribunal en place pour se consacrer aux affaires intérieures et commencer à édifier un État au sein duquel « chaque citoyen trouverait sa place, car il n’y a rien de pire pour un individu que de se sentir mis à l’écart dans son propre pays. Lorsque cela se produit, il ne faudrait pas le blâmer d’aller se réfugier dans les bras » de pays étrangers.
Pour le général Aoun, il paraissait de plus en plus nécessaire de se détacher de l’enquête internationale pour s’atteler à la « consolidation » de l’État, sans se lancer dans des campagnes d’accusations à l’encontre de la Syrie. Il déplore à cet égard la paralysie des institutions et cite comme exemple la « neutralisation » du Conseil constitutionnel.
Mais sur la teneur du texte portant création du tribunal, Michel Aoun émet des réserves sur « la dose de droit anglo-saxon qui a été introduite dans le projet du tribunal, ce qui va à l’encontre de notre système politique local », système basé essentiellement sur le droit romain. Toutefois, ces réserves ne l’empêchent pas d’adhérer totalement au projet du tribunal et de se dire « prêt à donner des garanties portant sur l’aval de notre bloc lorsque le projet sera soumis au Parlement » pour être voté.
Quant à la guerre de juillet dernier, elle faisait partie d’un plan destiné à mettre la main sur les armes du Hezbollah, affirme le général Aoun. « Or cette opération a échoué et les buts n’ont pas été atteints », explique-t-il. De plus, « si réellement la guerre devait servir l’Iran et la Syrie, pourquoi donc a-t-elle été déclenchée par Israël » ? « Les armes du Hezbollah, l’implantation des Palestiniens et le général Aoun, tout cela est un même problème », poursuit-il, « et les gens ne se rendent pas compte de ce qui se joue derrière l’animosité de la majorité envers le Hezbollah. Car le but de la guerre n’est pas seulement les armes du Hezbollah. C’est la première étape. Après cette étape viendra l’implantation des Palestiniens, en échange de donations financières et autres crédits avantageux pour le Liban », affirme-t-il.
Taëf ne prohibe-t-il pas néanmoins, dans son préambule, l’implantation ? À cela le général répond que « l’article concernant le pacte national et la participation de l’ensemble des composantes libanaises au pouvoir a été violé, je ne vois pas pourquoi le passage prohibant l’implantation ne le serait pas ».

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